Silouane et le Mont Athos

Silouane et le Mont Athos

 

Antoine-Émile N. Tachiaos

 (parue dans la revue Buisson Ardent N° 6)

 

Lorsqu’on est invité à parler de « Silouane et le Mont Athos », on se trouve devant un vrai dilemme, car on n’est pas sûr de la méthode la plus appropriée pour traiter un tel sujet : faut-il placer le saint starets Silouane sur le fond de l’histoire et de la spiritualité du monachisme russe à la Sainte Montagne, ou faut-il examiner cette spiritualité sous l’angle de l’éventuelle influence qu’il a pu exercer sur elle ?

Quelle que soit la décision, il est évident que l’on est face à une difficulté qui tient notamment au caractère très particulier de la personnalité et de la spiritualité de Silouane ; il constitue en effet un cas exceptionnel, dans le sens où le monachisme russe à l’Athos n’a pas connu d’exemple d’un tel dynamisme depuis l’époque du fameux maître du xve siècle, Nil Sorsky.

La difficulté est d’autant plus grande que ce dynamisme intrinsèque est resté presque inconnu de ses confrères pendant toute sa vie. Nos connaissances sur Silouane seraient inexistantes si son disciple, feu le Père Sophrony Sakharov, n’avait pas choisi de rendre publics les quelques détails connus de sa vie, mais surtout s’il n’avait pas édité les écrits que le starets a légués à ses confrères[1]. Ses écrits ont révélé un trésor spirituel dont la qualité mérite la même attention que celle dont on a honoré les écrits des grands maîtres de l’ascétisme et de la mystique.

Face aux deux termes de l’alternative qui s’offre à nous, nous avons cru bon de choisir la première, à savoir d’examiner Silouane sur le fond de la spiritualité athonite russe et par rapport à elle.

 

La Russie et le Mont Athos

 

On sait que les informations sur la vie de Silouane, non seulement sur son séjour à l’Athos mais aussi sur la période avant son arrivée, sont extrêmement minces et parcellaires. Il faut donc réunir tous les petits fragments en notre possession pour reconstruire le tableau de la vie athonite de Silouane et de ses rapports avec la communauté monastique.

Il est difficile de préciser comment s’est développée la vocation de Silouane, et plus particulièrement ce qui l’a attiré au Mont Athos. La première mention de l’Athos dans sa vie remonte à l’époque où il faisait son service militaire, c’est-à-dire vers le milieu des années 80 du siècle passé. C’était le temps où le gouvernail du monastère Saint-Pantéléimon de l’Athos, dit Rossikon, était déjà passé des mains grecques à celles du Père Macaire, premier higoumène russe[2]. Le biographe de Silouane nous dit que ses camarades s’étonnaient de ce qu’il avait toujours sa pensée tournée vers le Jugement Dernier et le Mont Athos[3]. Il n’est pas étonnant de voir ces deux éléments s’unir dans la conscience du futur moine, car c’était justement à travers la vie monastique qu’il envisageait la possibilité du salut.

Le respect de Silouane pour le monachisme russe de l’Athos se manifesta aussi par ses donations au profit du Rossikon[4]. L’information fournie par son biographe indique deux choses. Premièrement, Syméon connaissait déjà quelque peu le monastère et, deuxièmement, il avait le désir de l’aider par des offrandes à l’instar de nombreuses personnes en Russie[5]. Il est évident que Syméon — c’était son nom dans le siècle — s’estimait de ceux qui, bien que vivant loin de la péninsule monastique, nourrissaient dans leur cœur un sentiment de vénération et un vif intérêt pour les réalités athonites.

Traditionnel, autant que les relations séculaires des Russes avec le Mont Athos — ils avaient, depuis l’époque de l’ancien État de Kiev, nourri un véritable culte pour la Sainte Montagne et ses moines[6] —, cet intérêt avait été revivifié par des contacts récents : au milieu du xixe siècle, des pèlerinages de Russes furent organisés systématiquement vers les Lieux Saints et la Sainte Montagne, sur les rivages de laquelle des navires déversaient régulièrement des centaines de pèlerins. Ainsi, en juillet 1844, quelque 600 pèlerins russes débarquèrent au monastère Saint-Pantéléimon[7]. À l’instar des moines hagiorites qui se rendaient en Russie, ces Russes en visite à la Sainte Montagne devenaient les fervents propagateurs du monachisme hagiorite et suscitaient l’intérêt du pieux peuple russe pour cette cité unique au monde où le nom de Jésus était sans cesse glorifié. De retour en Russie, les pèlerins ne manquaient pas de raconter avec enthousiasme à leurs compatriotes leurs impressions de la Sainte Montagne, les plus érudits d’entre eux les faisant paraître dans les revues ecclésiastiques et les journaux[8]. L’influence de ces échanges sur le peuple russe était étonnante ; elle provoquait non seulement un accroissement du flot des pèlerins à la Sainte Montagne, mais aussi des candidats au monachisme.

Au xixe siècle, les publications sur le Mont Athos étaient devenues en Russie un genre de littérature religieuse de plus en plus estimé des cercles pieux. À ce type d’écrits appartiennent notamment les Lettres d’un Hagiorite qui ont paru pour la première fois en deux volumes en l850[9]. Leur auteur était le hiéromoine Seraphim Veslin, qui séjourna à l’Athos de 1843 à 1853 ; de là, il envoya à ses amis en Russie de très belles lettres sur la Sainte Montagne et la vie athonite, qui ont été publiées en trois volumes en l866. Cet ouvrage a été réédité neuf fois[10] jusqu’à l’époque de la Révolution communiste. Écrites avec élégance et une profonde piété, ces lettres décrivaient et louaient la vie monastique à l’Athos. Elles reçurent un écho particulier et ainsi, peu à peu, le nombre des moines russes au Rossikon se mit à croître. Autre exemple, en 1855, le hiéromoine russe Parfeny Agheev publia en quatre volumes son long itinéraire en Russie, Moldavie, Turquie et Terre Sainte ; dans les volumes II et IV, il décrivait son séjour à la Sainte Montagne[11].

Tout cela a contribué à créer dans la Russie du xixe siècle un climat particulier concernant la Sainte Montagne et ses moines. C’est notamment dans ce contexte qu’il faut comprendre l’amour pour l’Athos qui avait commencé à brûler dans l’âme du jeune Syméon. Cette atmosphère faisait naître en lui un rêve et le désir ardent de rejoindre les moines athonites qui vivaient loin de la société, loin de ce monde entraîné par les remous et les soucis des choses éphémères. Se trouvant encore dans une phase de préparation à la vie athonite, le jeune Syméon exprimait son amour pour l’Athos par l’envoi de chèques ; il participait ainsi, en quelque sorte, à la vie athonite.

Ces chèques demandent une explication plus détaillée, en relation avec la situation économique du monastère russe. Comme le nombre de moines russes à Saint-Pantéléimon augmentait à un rythme rapide et que les revenus du monastère étaient insuffisants pour les nourrir et accomplir les constructions nécessaires, le hiéromoine Ieronyme, père spirituel du couvent, crut bon de faire appel à l’aide de ses compatriotes en Russie. L’édition des lettres du hiéromoine Seraphim a été réalisée dans ce but : leur diffusion, accompagnée d’appels à un soutien économique, attirait l’attention des fidèles qui considéraient leurs offrandes comme un soutien à l’expansion du monachisme russe sur la péninsule athonite. En 1873, une chapelle fut consacrée à Moscou au titre de dépendance du Rossikon[12] ; la présence de moines russes athonites au centre de l’ancienne capitale de l’empire contribua d’une façon décisive à la propagande en faveur du monachisme russe à l’Athos.

Selon toute probabilité, c’est dans ce climat que s’est développé l’intérêt de Syméon pour le monastère russe de la Sainte Montagne. Il ne lui restait plus qu’à réaliser son rêve en partant pour le « Jardin de la Vierge », ce qu’il fit en 1892 en venant directement à Saint-Pantéléimon. Contrairement à ce qui se passait d’habitude avec d’autres candidats au monachisme, qui faisaient un tour des monastères et des skites avant de choisir un endroit pour s’installer, Syméon se rendit directement au Rossikon ; il n’en repartit jamais.

Ce choix immédiat et irrévocable montre que sa décision avait été prise bien à l’avance, sous l’influence soit de quelque personne — qui reste inconnue —, soit de quelque lecture qui lui présentait le Rossikon comme le refuge idéal pour le salut de son âme. On est informé d’une rencontre de Syméon avec saint Jean de Cronstadt, auquel il confia son désir de devenir moine[13]. Est-ce celui-ci qui lui aurait conseillé d’aller au Mont Athos ? Une chose, en tout cas, est sûre : Syméon savait bien lui-même pourquoi il avait choisi ce monastère pour devenir moine de l’Athos. Il convient de souligner à ce propos que ses dispositions avaient bien changé depuis sa petite enfance, lorsqu’il disait au libraire athée de son village qu’il ferait le tour du monde afin de découvrir Dieu[14]. Au moment où il posa le pied sur le débarcadère du couvent russe, le Seigneur habitait déjà dans l’âme du jeune homme.

 

Les débuts de la vie monastique

 

Une fois arrivé au monastère, suivant l’habitude athonite, Syméon devait se présenter à l’higoumène, lui rendre les honneurs et lui déclarer sa ferme décision de devenir moine. La « Règle »(Ustav) du monastère était très stricte sur le contrôle des documents d’un futur novice[15]. Celui-ci devait être au-dessus de tout soupçon, que ce fût au sujet de ses vraies intentions ou de son équilibre mental et psychique. Il semble que Syméon ait passé cet examen sans aucune difficulté.

Une fois le consentement de l’higoumène donné, le novice était dirigé vers le père spirituel (dukhovnik) pour confesser ses péchés. Au moment de l’arrivée de Syméon, il n’y avait au monastère qu’un seul confesseur, le vieux Père Ieronim[16], car le second, le Père Rafaïl, était déjà parti pour devenir higoumène au monastère de saint Séraphim de Sarov. Le Père Ieronim n’était pas une figure conventionnelle, mais au contraire une personnalité pleine de spiritualité, qui avait joué un rôle primordial dans la russification du monastère et l’organisation de sa vie monastique.

En fait, le Père Ieronim, après avoir probablement reçu sa confession, dit à Syméon qu’à partir de là une nouvelle voie s’ouvrait devant lui : celle du moine, qui exige d’être ferme et inébranlable. Tel qu’il nous est transmis par le biographe du starets Silouane[17], ce conseil était tout à fait conforme à ce que prévoyait la « Règle »du monastère. Celle-ci accordait une grande attentionà la façon dont le novice s’adaptait à la vie cénobitique et à ses devoirs : outre les deux premiers chapitres, qui portaient sur la vie monastique en général et le profit découlant de la vie communautaire, elle contenait encore deux autres chapitres sur ce que devait savoir celui qui désirait devenir moine. Des textes longs qui n’étaient en réalité qu’une compilation d’écrits de saint Basile le Grand, Éphrem le Syrien, Jean Climaque et du Paterikon[18]. Il est tout à fait possible que, en dehors de l’instruction orale, le confesseur ait donné à Syméon à lire soit le texte même de la « Règle »,soit l’Échelle de saint Jean Climaque, qui a depuis toujours constitué le manuel le plus précieux de tout moine, en Orient et en Occident.

En principe, après la confession des péchés, le novice était vêtu d’une simple soutane noire et allait vivre pour un temps à l’hôtellerie. Ce n’était qu’après avoir fait la preuve du sérieux de son caractère qu’il recevait une cellule près des moines. Selon la « Règle » du monastère, les moines et les novices devaient aussi prier en dehors des offices réguliers, en particulier dans leurs cellules. Il y avait une règle spéciale pour cette prière, le kelejinyj ustav : à minuit, on sonnait pour réveiller les moines pour la prière en cellule. Celle-ci était plus stricte pour les hiéromoines et les moines du grand habit, et plus légère pour les simples moines et les novices[19]. Les premiers devaient faire 1 200 petites métanies — inclinations (poklony)jusqu’à la ceinture — et 100 prosternations jusqu’à terre.

 

Le travail au moulin

 

Provenant d’un milieu agricole et n’ayant qu’une éducation élémentaire, le jeune novice Syméon ne s’attendait certainement pas à être placé à un service du monastère demandant une spécialisation de haut niveau. Humble et obéissant, il était prêt à accepter sans broncher n’importe quel ordre donné par les supérieurs ; c’est ce qu’il fit lorsqu’on lui ordonna de travailler au moulin. Dans un monastère aussi énorme que Saint-Pantéléimon à cette époque — presque 1 800 personnes y vivaient — la main-d’œuvre était très recherchée. Le travail au moulin devait être assez dur. En effet, la production quotidienne de farine pour le pain du monastère s’élevait alors à 832 kilos, ce qui donnait presque 1 000 kilos de pain[20]. Ces chiffres disent d’eux-mêmes à quel point le labeur des moines qui travaillaient au moulin et à la boulangerie devait être fatigant.

Près du moulin se trouvait la chapelle du Saint-Prophète Élie. Les moines qui travaillaient au moulin et à la boulangerie s’y rendaient pour les vêpres ; c’est devant l’icône du Christ Sauveur, qui se trouvait dans cette chapelle, que Syméon eut la vision de Jésus dont la lumière l’a inondé de son doux éclat[21]. S’il n’est pas dans notre intention de nous arrêter sur cette expérience mystique de Syméon, nous pouvons cependant rappeler que saint Serge de Radonège a vécu une expérience semblable lorsque la lumière divine l’a entouré pendant la liturgie, ainsi que l’ont attesté ses disciples qui en furent les témoins[22]. Dans le cas de Silouane, c’est lui-même qui a confié au Père Sophrony cet important détail de sa vie, non pas pour se glorifier mais pour instruire son disciple.

 

Prière de Jésus et dévoilement des pensées

 

L’amour du silence et de la paix intérieurs guidaient souvent les pas de Silouane vers des endroits où la prière du cœur, qu’il pratiquait avec ferveur, pouvait devenir plus intense. Ainsi s’éloignait-il du monastère lorsqu’il voulait rencontrer une personne à laquelle demander conseil ou accomplir l’« ouverture des pensées ». Cette pratique, qui existe encore de nos jours à l’Athos, consiste pour le moine à dévoiler ses pensées (logismos, pomyselj) à une vénérable personne de haute spiritualité, afin que celle-ci puisse juger s’il marche sur le bon chemin ou s’il a dévié et se trouve déjà victime des pièges du diable. Cet « échange » n’est pas un acte qui remplace la confession, mais un partage des secrets de l’esprit, secrets qui n’entrent pas dans les catégories du péché. Le confesseur exerce une fonction sacerdotale, tandis que le vénérable vieillard ou starets exerce une fonction spirituelle et paternelle. Il semble que les rencontres de Silouane avec le starets Anatole au vieux Rossikon, dont parle son biographe, étaient de cet ordre[23].

Le vieux monastère en question, appelé « Rossikon de la Montagne » (Nagornyj Russik) et datant de plusieurs siècles[24], était le premier établissement monastique russe sur l’Athos. Ruiné, il avait été abandonné par les moines qui s'étaient établis, au début du xixe siècle, sur le rivage, à l’endroit où se trouvait son port[25]. À partir des années 1870 cependant, on avait commencé à reconstruire quelques-uns des anciens bâtiments où se retiraient les moines qui voulaient mener une vie plus austère.

Il ne faut donc pas s’étonner de voir Silouane s’y rendre pour rencontrer des starets de haut niveau spirituel et pour s’adonner plus à l’aise à la prière de Jésus. Par sa biographie, nous savons que, par ordre de son higoumème, il était venu y vivre un certain temps. Il avait même bâti une cabane un peu plus loin, pour se retirer et prier. C’est donc là qu’il a rencontré de grands ascètes comme le Père Stratonique et le Père Benjamin, avec lesquels il discutait des problèmes de la vie spirituelle. Cependant, Silouane s’est avéré plus avancé en spiritualité hésychaste que ses interlocuteurs et, au lieu d’apprendre d’eux, il devenait en réalité — malgré son extrême humilité — lui-même leur instituteur[26].

 

Économe du monastère

 

Les maigres informations sur Silouane fournies par le registre du monastère, nous informent qu’il a servi pour quelque temps à Kalamaria, région qui s’étend au sud-est de Thessalonique, où le monastère possédait une propriété foncière (metochion) qui lui avait été cédée par décret impérial au Moyen Âge[27]. Malheureusement, en-dehors de cette brève mention, nous ne savons rien de son séjour là-bas. À Kalamaria se trouvaient les champs où les moines cultivaient du blé pour le pain du monastère. Le Père Silouane était probablement l’un des économes, en charge des négociations avec les paysans pour labourer les terres et faire la récolte. Les propriétés foncières des monastères, et les relations des moines avec les paysans qui en découlaient, ont toujours constitué un grand problème, avec souvent des répercussions négatives sur la vie spirituelle. Depuis l’époque de saint Nil Sorsky, on sait que les ascètes se sont toujours méfiés de la propriété foncière des monastères, la considérant comme une source de troubles pour la vie spirituelle[28]. Les hésychastes ne voulaient pas se mêler de tractations économiques qui, très souvent, mécontentaient les marchands et les paysans. De fait, les transactions et les affaires d’argent entraînaient souvent les moines à la corruption.

Au début du siècle, alors que le Père Silouane était encore un jeune moine, un autre jeune moine russe, le futur Archimandrite Spiridon, s’est rendu au monastère de Saint-Pantéléimon avec l’intention d’y rester. La situation qu’il y rencontra le remplit de déception, notamment ce genre de tristes affaires qu’il décrit en termes peu flatteurs : « Autre scandale : les succursales construites dans les grandes villes, où les moines se perdent absolument. Troisième scandale, le plus grave : l’argent, l’argent, toujours l’argent ! Combien de fois j’ai essayé de causer à cœur ouvert avec quelques moines, mais toujours je leur cédais, parce qu’ils se mettaient en colère. Je n’ai pas vu là-bas de grands saints. Si j’entrais dans l’intimité de quelques saints personnages, j’étais vite désenchanté, parce que, avec tous leurs exploits spirituels, il leur manquait le côté moral de la vie, et cela se voyait surtout dans leurs rapports avec leurs proches[29]. »

Il y a sans doute une part d’exagération dans ces paroles, mais les remarques de Spiridon n’en restent pas moins absolument justes. La tentation de l’argent n’a jamais épargné les moines athonites. Le plus étonnant, c’est le silence absolu du Père Silouane sur cette question, qui montre combien ce saint homme se trouvait loin de ces choses. Il est fort possible qu’il ne constatait même pas cette passion chez les autres moines qu’il considérait toujours comme supérieurs à lui ; et même s’il la soupçonnait, il n’en parlait pas.

Cela dit, il convient de souligner l’importance que le Père Silouane attribuait à la question de l’économie du monastère et de ses devoirs, question qui touche directement au problème des relations avec les laïcs et les ouvriers. Il y consacre plusieurs passages de ses écrits, notamment à la fin de son chapitre sur la vie monastique[30]. Il est évident qu’il évoque là les longues années qu’il a passées lui-même en tant qu’économe, soit dans le monastère soit aux champs de Kalamaria.

On sait, d’après le récit du Père Sophrony, que cet homme de prière et de silence a été économe pendant presque toute sa vie à l’Athos. Cette tâche, qui pourrait constituer une vie agitée et une source de tourments pour un mystique, fut pour Silouane, tout au contraire, une ascèse et un don de Dieu bienvenu. Dans le bref chapitre sur les devoirs de l’économe du monastère, le starets souligne que celui-ci doit aimer les ouvriers, avoir pitié d’eux et, surtout, prier pour eux. Il doit, dit-il, aimer les gens comme une mère aime ses enfants, et si l’un d’entre eux est désobéissant, il doit prier en particulier pour lui[31].

Aussi personnel soit-il, ce conseil du starets n’est pas sans rapport avec la « Règle »du monastère : il s’agit d’une extension de ce qui est prévu dans le chapitre no 10[32]. Quand on lit les treize articles sur les devoirs de l’économe, qui avait une gamme très vaste d’obligations, on comprend la lourdeur de ce service qui était l’un des plus difficiles du monastère. On peut surtout imaginer le degré d’acuité et de tension que pouvaient atteindre les relations entre l’économe et ceux dont il surveillait le travail, dont le nombre variait de quelques dizaines à une centaine de personnes. Pourtant, Silouane n’en parle pas. Ce silence met en relief la patience et l’humilité avec lesquelles il accomplissait son obédience. En indiquant comment doit agir l’économe, Silouane ne fait que décrire sa propre conduite lorsque, sans se plaindre et se permettre des récriminations, il excerçait scrupuleusement ce service.

 

L’amour de la lecture

 

Le moine Silouane était un homme presque illettré. Ayant suivi à son village natal l’école primaire pendant deux hivers, il avait seulement appris à lire. Son cas n’était pas du tout exceptionnel. Beaucoup de moines grecs, russes, serbes, bulgares et roumains, originaires de régions rurales, venaient à l’Athos sans savoir lire. Cela ne les empêchait pas, au bout de quelque temps, d’arriver à devenir des lecteurs à l’église. Il n’y a rien de surprenant à cela : l’Athos a été toujours une école pour les moines.

Le Père Silouane aimait beaucoup lire, mais seulement des ouvrages qui pouvaient apporter quelque profit à l’âme. De ses lectures de moine, il excluait absolument les journaux et les textes à contenu mondain, car ceux-ci l’éloignaient de son chemin spirituel[33]. En revanche, il aimait beaucoup les livres des saints Pères et la littérature ascétique et mystique en général. La bibliothèque du Rossikon était très riche, comptant des milliers de livres, certains en plusieurs exemplaires, afin de pouvoir satisfaire la demande des moines[34].

Le Père Sophrony dit que l’un des moines qui fréquentait beaucoup la bibliothèque et qui était très avancé en théologie, appréciait beaucoup Silouane et s’entretenait avec lui sur des questions spirituelles et théologiques[35]. Je pense que l’on peut, sans se tromper, supposer que sous l’initiale « B » qui le désigne se cache le nom de Basile, et qu’il s’agit donc du moine Basile Krivochéine (1900-l985) qui devint plus tard un célèbre théologien et l’archévêque du Patriarchat de Moscou à Bruxelles[36]. C’était l’époque où il écrivait son excellente étude sur La Doctrine ascétique et théologique de saint Grégoire Palamas ; publié en 1936, ce texte révéla ainsi l’existence d’un éminent théologien parmi les moines russes du Mont Athos[37].

Si Krivochéine se faisait l’interprète de la théologie subtile du grand mystique de l’Église d’Orient qu’était Grégoire Palamas, le silencieux Silouane en avait une expérience personnelle. Et quand le Père Basile dit à un théologien catholique[38] que les moines peuvent lire et comprendre les écrits des Pères et Docteurs de l’Église, Silouane renchérit en observant que les moines non seulement comprennent ce qu’ils lisent, mais qu’ils peuvent écrire eux aussi de tels ouvrages. S’ils n’en écrivent pas, c’est simplement parce qu’ils n’en ont pas besoin. Quelle audace de la part d’un moine presque illettré !

Pourtant Silouane était sincère et disait la vérité : les moines lettrés du Mont Athos rédigent leurs propres ouvrages, qui constituent le fruit de leurs connaisssances théologiques et de leur expérience monastique. Il va de soi qu’ils ne deviennent pas moines avec l’intention de trouver le temps d’écrire des livres. L’écriture naît d’un besoin individuel ou objectif. Les hagiorites ne sont pas des écrivains professionnels. Au xive siècle par exemple, saint Grégoire Palamas, qui a laissé une œuvre théologique considérable, n’a écrit que parce qu’il lui fallait défendre le dogme orthodoxe. S’il n’avait pas été incité à le faire, il n’aurait peut être jamais conçu ces remarquables ouvrages qui appartiennent à la période de sa vie qu’il a passée au Mont Athos[39].

 

Les auteurs hagiorites

 

La profondeur théologique de Silouane était une source d’étonnement pour ceux qui s’occupaient de théologie. Le Père Sophrony mentionne le cas d’un théologien « orthodoxe étranger » qui vécut longtemps au Rossikon et qui aimait beaucoup le Père Silouane ; il lui rendait souvent visite et discutait avec lui de sujets théologiques. Il surprenait ainsi les autres moines, qui ne pouvaient pas comprendre comment un théologien pouvait aimer s’entretenir avec un moine presque illettré. Le théologien « orthodoxe étranger » en question était sans aucun doute le futur diplomate anglais David Balfour qui, à l’époque, était devenu moine à l’Athos, pour renoncer ensuite à cette vocation tout en restant un bon théologien[40].

Il est vraiment intéressant de s’imaginer ce groupe de personnalités de renom international réunies à la veille de la Seconde Guerre mondiale au monastère Saint-Pantéléimon : Silouane, Sophrony Sakharov, Basile Krivochéine et David Balfour. Mais il faut aussi compter parmi les moines éminents de l’époque des figures ignorées du public, des pèlerins et des visiteurs, mais connues de Dieu et de ceux qui avaient recu la grâce de les découvrir. Il faudrait à cet égard mentionner au moins deux autres moines hagiorites grecs pareils à Silouane, des ascètes silencieux et humbles, adonnés à la prière et la contemplation : le Père Guérasimos Ménagias qui vivait au monastère de Saint-Paul, et le Père Athanasios, ancien higoumène du monastère Grigoriou. Les deux étaient connus du Père Sophrony. Il avait suffi au roi Georges II de Grèce de regarder le visage du Père Athanasios pour demander à ce dernier la faveur de le voir célébrer la Divine liturgie et de recevoir la sainte communion de ses propres mains. À l’exception de ces figures, beaucoup d’autres saints moines de l’Athos, grecs, slaves et roumains, sont restés inconnus, vivant dans l’ombre de leur propre sainteté, laquelle remplissait par sa force l’air de la Sainte Montagne et la pénétrait en profondeur et jusqu’à ses extrémités d’une façon invisible.

C’est à cette catégorie de moines athonites qu’appartenait le Père Silouane. Ce grand starets n’a rien publié de son vivant, mais a cru bon de coucher ses pensées sur le papier et de les laisser à son disciple le Père Sophrony, à qui nous devons tout ce que nous savons de lui. Ainsi, c’est seulement après sa mort que Silouane s’est avéré un grand écrivain mystique et spirituel. Ses textes de spiritualité le classent parmi les Athonites écrivains. Au cours des deux derniers siècles, il y a eu plusieurs Athonites, grecs, slaves ou roumains, qui ont écrit des livres à caractère historique, des textes de piété ou des descriptions de leurs monastères.

Quelques années avant l’arrivée de Silouane était mort au Rossikon le fameux starets Arseny Minin (1823-1879), un homme plein de vertus, dont les lettres très édifiantes et d’autres écrits avaient déjà été publiés par le monastère en quatrième édition[41]. Cela dit, quand on compare ses écrits à ceux de Silouane, on comprend immédiatement qu’il s’agit de deux cas très différents. Aussi spirituelle que soit son œuvre, on ne trouve rien chez Arseny du lyrisme, de la subtilité de la langue mystique et de la profondeur de Silouane. De fait, aucun des Athonites qui lui étaient contemporains n’égalait Silouane. Sa doctrine, telle que nous l’a présentée le Père Sophrony et telle que nous la trouvons dans ses écrits, nous mène loin du genre de textes que nous venons d’évoquer. Silouane appartient à une autre pléiade d’auteurs hagiorites, parmi lesquels se trouvent Païssy Velitchkovsky[42] et Nicodème l’Hagiorite[43]. Son enseignement sur l’hésychia et la prière de Jésus, les formes de l’imagination, la Lumière incréée et les moyens pour la voir, sont des leçons qui rappelent les autres grands maîtres de la spiritualité orthodoxe. Silouane se place aux côtés d’un Grégoire le Sinaïte, Maxime le Capsocalyvite, Grégoire Palamas, Nicodème l’Hagiorite et d’autres mystiques qui ont reçu le don de la participation à la Lumière incréée. Ce qui lui manquait, c’était la terminologie théologique pour présenter d’une façon plus systématique ce qu’il avait à exprimer, soit comme connaissance, soit comme expérience. Mais cette terminologie ne lui était pas vraiment nécessaire. Si besoin était, il pouvait citer les grands maîtres précédents. D’ailleurs, ses paroles, sincères et simples, témoignent très clairement de la profondeur de sa pensée et de son expérience intérieure.

 

Silouane et Païssy Velitchkovsky

 

Dans la vie de Silouane, il y a encore un point qui peut susciter de l’étonnement. Lorsqu’on considère la grandeur spirituelle du starets, on s’interroge : qui avait introduit ce simple paysan, provenant de Tambov, à la théologie mystique et à des expériences ascétiques aussi profondes ? Aussi étrange que cela puisse paraître, on doit répondre qu’il n’a pas eu de maître. Silouane a poussé, en toute simplicité, comme une fleur dans les champs. La chose est vraiment invraisemblable, au point même de paraître incroyable, mais il existe un précédent, aussi important que le cas de Silouane. Il s’agit du grand starets Païssy Velitchkovsky : non seulement en Ukraine et en Valachie, où il a passé sa jeunesse, mais aussi pendant ses dix-huit ans de séjour à l’Athos, il n’a pu trouver un père spirituel, devenant finalement lui-même père spirituel pour les autres. Païssy ressentait péniblement ce manque dans sa vie, qu’il évoque avec douleur dans une lettre adressée à son ami et disciple le prêtre Dimitri[44]. Il en allait de même pour le Père Silouane ; ni lui ni le Père Sophrony ne parlent de l’existence d’un père spirituel qui l’aurait guidé dans l’épineux chemin de l’ascèse. Velitchkovsky s’était laissé guider par la lecture des écrits des Pères et par la prière ; Silouane a suivi le même chemin. La réceptivité et la sensibilité de son âme, ainsi que son extrême humilité, ont offert une terre féconde pour que la grâce y sème le bon grain. Tout comme Païssy, Silouane appartient à une élite spirituelle qui ne peut être évaluée avec des critères de ce monde ou des catégories rationnelles. Il venait d’une réalité « extra-ordinaire », une réalité qui dès son commencement était liée à la sainteté.

Une autre similarité entre Silouane et Velitchkovsky se trouve dans la façon de se référer au nom de Dieu[45]. Selon le Père Sophrony, le starets appelait en principe Dieu « Seigneur », entendant par là soit Dieu le Père, soit Dieu le Fils, soit le Saint-Esprit ou la Sainte Trinité. Le Père Sophrony explique cette préférence de Silouane par la propagation, parmi les moines russes de l’Athos, de la doctrine des « onomatolâtres »[46] qui, d’une certaine manière, identifiaient le nom de Jésus avec la substance divine[47]. D’une part, Silouane avait de bonnes raisons de ne pas entrer dans ces débats théologiques auxquels s’adonnaient les autres moines russes avec des intentions où se mêlaient naïveté et subtilités théologiques. C’est pourquoi il évitait de se servir du nom de Jésus. Silouane savait de sa propre expérience quelle était la vérité, mais il savait aussi que dans l’atmosphère du monastère, pleine de tensions pouvant aller jusqu’à la violence, sa parole aurait aggravé la situation au lieu de l’apaiser. D’autre part, il est vrai également que si l’on considère la répétition incessante de la prière de Jésus par Silouane, il semble étrange que ce nom du Seigneur soit absent de son langage.

Est-ce une coïncidence qu’il en aille de même dans le cas de Velitchkovsky ? Celui-ci non seulement pratiquait lui-même cette prière, mais pour la propager parmi les moines slaves, il avait beaucoup travaillé au Mont Athos sur la traduction de textes grecs en slavon et il avait rédigé la fameuse Philocalie[48] slave. Pourtant, dans son Autobiographie,le nom de Jésus n’est pas mentionné une seule fois, mais il parle toujours de « Dieu » (Bog).

Que conclure d’une telle constatation ? Il se peut que ces grands maîtres de la prière de Jésus, comme d’autres hagiorites d’ailleurs, considéraient la mention de ce nom saint comme une chose tout à fait personnelle. Ils se référaient à Jésus seulement dans le cas de la prière de Jésus ; autrement, Jésus était pour eux une personne de la Trinité, avec laquelle ils vivaient une union uniquement personnelle et absolument intime ; c’était le « propre » de l’âme à la recherche de l’union avec Dieu.

 

Une mort paisible

 

L’union avec Jésus a toujours constitué le but ultime de Silouane, un désir qu’il ne pourrait réaliser finalement que par la mort. Une seule chose l’inquiétait : il n’avait pas encore atteint le degré d’humilité nécessaire pour passer dans l’éternité. Au bout de quarante-six ans d’ascèse intense, le moment du départ était arrivé. Après une courte maladie, dont la nature n’a jamais été découverte, le starets Silouane a tranquillement rendu son dernier soupir, tout seul dans l’hôpital du monastère. La mort était venue sans agonie, sans crainte, sans sentiment d’incertitude[49].

L’attente de la mort, en tant qu’attente de l’union avec Jésus, inonde l’âme de l’hésychaste hagiorite d’un sentiment de tranquillité. Le hiéromoine Seraphim, qu’on a déjà mentionné, a raconté deux cas de mort de moines du Rossikon, dont il a été le témoin. Ce qu’il a admiré chez eux, c’est surtout le calme et la joie avec lesquels ils sont allés à la rencontre de cet avènement qui effraie tant les gens du monde. Il n’a pas manqué de s’interroger : « Pourquoi dans le monde tous ont-ils peur de la mort, alors qu’ici les êtres s’endorment si doucement et si tranquillement dans le sommeil éternel ?[50] »

Tout en continuant la tradition athonite, c’est de cette façon que le starets Silouane a quitté ce monde. Depuis l’instant où il a posé le pied sur le sol du monastère Saint-Pantéléimon jusqu’au moment où il l’a quitté pour toujours, il a été un vrai hagiorite.

 



[1] Starets Silouane : Moine du Mont-Athos 1866-1938 : Vie-Doctrine-Écrits / Archimandrite Sophrony ; traduit du russe par le hiéromoine Syméon. – Paris ; Sisteron : Éditions Présence, 1973. – 485 p. – (Le soleil dans le cœur ; 5).

[2] Voir : Makarii Afonskii igumen i sviashchenno-arkhimandrit Afonskago Sv. Panteleimonovskago Monastyria / I. F. Krakovskii. – Moskva, 1889. – [Pp 110-111] ; Russkie na Afone : Ocherk zhizni i deiatel’nosti igumena Russkago Panteleimonovskago Monastyria Sviaschenno-Arkhimandrita Makariia (Sushkina) / Dmitrievskii. – Saint-Pétersbourg, l895. – [Pp. 185-199].

[3] Starets Silouane : Moine du Mont-Athos 1866-1938 : Vie-Doctrine-Écrits / Archimandrite Sophrony ; traduit du russe par le hiéromoine Syméon. – Paris ; Sisteron : Éditions Présence, 1973. – (Le soleil dans le cœur ; 5) – [P. 21].

[4] Ibid.

[5] L’envoi de mandats et de chèques était organisé de façon systématique par les établissements monastiques russes de l’Athos, qui distribuaient à cette fin des lettres circulaires invitant les fidèles à leur faire des offrandes.

[6] Un aperçu des relations de la Russie avec le Mont Athos est donné dans l’article de I. Smolitsch, “ Le Mont Athos et la Russie ”. – In : Le Millénaire du Mont Athos 963-1963 : Études et Mélanges. – Chevetogne, 1963. – [T. 1, pp. 279-318]. Voir Anatolii Prosvirnin, “ Afon i Russkaia Tserkov ”. – In : Bogoslovskie trudy, 15 (1976), pp. 185-256.

[7] Pis’ma sviatogortsa k svoim druziam o Sviatoi Gore Afonskoi / Ieromonakh Serafim Veslin. – 9e édition. – Moscou, 1913. – [T. 1, p. 207].

[8] Pis’ma sviatogortsa, pp. 64-65. Voir Pis’ma palomnika o sviatoi gore Afonskoi, o grade Ierusalime i drugikh mestakh Vostoka / Protoierei Pavel Bobrov. – 3e édition. – Moscou, 1894. – [T. 1-3].

[9] Russkie na Afone / Dmitrievskii. – [P. 299].

[10] Voir Katalog knig, izadannykh Afonskim Russkim Panteleimonovym monastyrem. Izdanie se’nadtsatoe. – Moscou, 1909. – [Pp. 25-26].

[11] Skazanie o stranstvii i puteshestvii Rossii, Moldavii, Turtsii, i Sviatoj Zemle, postrizhenika sviatoi gory Afonskiia, Inoka Parfeniia v chetyrekh chastiiakh / Inok Parfenii (Ageev). – Moscou, 1855. Voir I. Doens, “ Bibliographie de la Sainte Montagne de l’Athos ”. – In : Le Millénaire du Mont Athos. – [T. II, p. 455].

[12] Voir Russkii monastyr’ sv. velikomuchenika i tselitelia Panteleimona na sviatoi gore Afonskoi. – 7e édition. – Moscou, 1886. – [Pp. 180-l90].

[13] Archimandrite Sophrony, op. cit., pp. 23, 428-430.

[14] Ibid., p. 15.

[15] Ustav Russkago na Afone sv. velikomuchenika i tselitelia Panteleimona obshchezhitel’nago monastyria. (s.1.) 1903 goda, chapitre 10, art. 31r-31v.

[16] À propos de cette illustre personnalité du monachisme russe sur 1’Athos, voir Ieroskhimonakh leronim, dukhovnik russkago na sv. Afonskoi gore, Panteleimonova monastyria, i ego prisnyi uchenik, igumen sviashchenno-arkhimandrit Makarii. – 3e édition. – Moscou, 1908. D’intéressants détails sur la personnalité du Père Ieronim sont fournis par le diplomate et penseur russe K. N. Leontiev, “ Vospominanie ob arkhimandrite Makarii, igumene Russkogo monastyria sv. Panteleimona na gore Afonskoi ”. – In : Vostok, Rossia i Slavianstvo. Filosofskaia i politicheskaia publitsistika. Dukhovnaia proza (1872-1891). – Moscou, 1996. – [Pp. 577-579, 581-586]. Voir Russkie na Afone / Dmitrievskii. – [Pp. 86-92] ; Russkii monastyr’. – [Pp. 246-255].

[17] Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 24.

[18] Il est curieux que les chapitres 3 et 4 de la « Règle »portent tous deux le même titre : « De ce qui, premièrement et avant toute autre chose, est nécessaire à celui qui désire passer de la vie mondaine à la vie cénobitique », Ustav Russkago... Monastyria, art. 8v-17v.

[19] Ustav Russkago...Monastyria, art. 22r-v.

[20] Information provenant de Tò Haghíon Oros / G. Smyrnakis. – Athènes, 1903. – [P. 667].

[21] Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 28.

[22] Die Legenden des Heiligen Sergij von Radonez / L. Müller. – Munich, l967. – [Otdel pervyi, pp. 40-42 ; Otdel vtoroi, pp. 25-27].

[23] Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 36-38.

[24] Voir Actes de Saint-Panteleïmon / P. Lemerle, G. Dagron, S. Cirkovic. – Paris, 1982. – [Pp. 3-17]. Voir. Vtoroe poseshchenie sviatoi Afonskoi gory / V. Grigorovich-Barskij. – Saint-Pétersbourg, 1887. – [Pp. 296-305].

[25] Voir. P. Nasturel, “ Scarlat Calimachi et le monastère de Saint-Pantéléïmon ”. – In : Balkania, VIII (1945), p. 186.

[26] Archimandrite Sophrony, op. cit., pp. 54-59. Sur le Père Stratonique, voir aussi pp. 430-435.

[27] Lemerle, Dagron, Cirkovic, op. cit., p. 92-96. Voir Serafim Veslin, Pis’ma s Afona, p. 496-497 ; Russkii monastyr, p. 178-179 ; Dmitrievskii, Russkie na Afone, p. 275.

[28] La bibliographie sur la question des biens des monastères russes est vaste, surtout en langue russe. Un aperçu bien documenté est donné dans l’article de J. Meyendorff, “ Partisans et ennemis des biens ecclésiastiques au sein du monachisme russe aux xve et xive siècles ”. – In : Irénikon, XXIX (1956), pp. 28-46, 151-164. Voir l’étude fondamentale Russisches Mönchtum. Entstehung, Entwicklung und Wesen 988-1917 / I. Smolitsch. – Würzburg, 1953. – [Chapitre VI : Die Frage der Klostergüter in dem polemischen Schriftum und in der Gesetzgebung des 16. und 17. Jahrhunderts, pp. 145-179].

[29] Mes missions en Sibérie : Souvenirs d’un moine orthodoxe russe / Archimandrite Spyridon ; traduction et introduction de Pierre Pascal. – Paris, 1950. – [P. 36].

[30] Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 379.

[31] « […] l’économe doit aimer les hommes, comme une mère aime ses enfants ; mais si l’un d’eux n’est pas obéissant, de tout son cœur il doit prier Dieu […] », ibid.

[32] Ustav...Russkago monastyria, Chast’ vtoraia, glava l0, art. 55r-57r.

[33] Archimandrite Sophrony, op. cit., p. 71.

[34] C’est surtout le moine Matfei qui, au siècle passé, s’est occupé avec ferveur de l’enrichissement de la bibliothèque du monastère par des livres imprimés et des manuscrits ; il avait ainsi constitué l’une des plus riches bibliothèques de l’Athos. Voir Dmitrievskii, Russkie na Afone, p. 147-149 ; A. van Ruijven, “ Le ‘ Rossikon ’ ou monastère russe de Saint-Panteleïmon au Mont Athos ”. – In : Irénikon, XXX (1957), pp. 57-58 ; The Slavonic Manuscripts of Saint Panteleimon Monastery (Rossikon) on Mount Athos / A.-E. Tachiaos. – Thessalonique, 1981. – [Pp. 15-16].

[35] Archimandrite Sophrony, op. cit., pp. 69-70.

[36] Voir Diacre Mikhail Gorodetskii, “ Vysokopreosviashchennyi Vasilii, arkhiepiskop Briussel’skii i Belg’giiskii ”. – In : Zhurnal Moskovskoi Patriarkhii, 1986 (4), pp. 34-38.

[37] Monakh Vasilii Krivoshein, “ Asketicheskoe i bogoslovskoe uchenie sv. Grigoriia Palamy ”. – In : Seminarium Kondakovianum, VIII (1936), pp. 99-151.

[38] Le Père Sophrony ne mentionne pas le nom de cette personne, mais s’y réfère comme « Père Chr. B. ». Il est fort possible que sous ces initiales se cache le Père Chrysostome Baur, auteur de l’étude monumentale sur saint Jean Chrysostome, Der Heilige Johannes Chrysostomus und seine Zeit. – Munich, 1929-1930. – 2 vol.

[39] Voir A.-É. Tachiaos, “ Le Mont Athos dans l’Europe moderne ”. – In : Autochromes du Mont Athos : Photographies en couleurs du Musée Albert-Kahn. – Athènes, 1997. – [P. 18].

[40] La vie mouvementée et intéressante de David Balfour n’a pas encore fait l'objet d'une étude publiée. Théologien et prêtre catholique, ayant étudié à Rome et d’une excellente formation en liturgie, il passe quelque temps au Monastère d’Amay en Belgique en tant que moine bénédictin avant de devenir orthodoxe. Arrivé en Grèce dans les années 1930, il se rend d’abord au Mont Athos pour y pratiquer la vie ascétique, puis va à Athènes où, en qualité de prêtre orthodoxe, il est nommé aumônier de la chapelle du Palais royal et confesseur du roi de Grèce Georges II. Il quitte cependant le pays après l’invasion des troupes allemandes, en avril 1941. Il devient alors, au Caire, officier de l’armée britannique. C’est en cette qualité qu’il revient à Athènes en décembre 1944. Par la suite, il rejoint le service diplomatique de son pays et sert comme consul général en divers endroits. Il occupera son dernier poste à Smyrne. Une fois retiré des affaires, il se consacre avec passion à la recherche théologique et publie des études importantes sur saint Grégoire le Sinaïte et surtout sur Syméon, archévêque de Thessalonique. David Balfour a toujours gardé un profond respect pour le Mont Athos et les personnes qu’il y rencontra pendant son séjour.

[41] Sa biographie a été publiée par le monastère de Saint-Pantéléimon : Russkago na Afone Panteleimonova Monastyria Ieromonakh Arsenii : Biograficheskii ocherk, posviashchaemyi pochitateliam pamiati pochivshago muzha. – Moscou, 1899. La première partie du livre (pp. 1-72) comprend la biographie du Père Arseny, tandis que la seconde (pp. 73-380) ses lettres, petits écrits et notes. Voir Abkhazia i v nei Novo-Afonskii Simono-Kananitskii Monastyr / I. N. – Moscou, 1898. – [Pp. 213-216] ; Dmitrievskii, Russkie na Afone, pp.138-141, 160. Il ne faut pas confondre ce Père Arseny avec un autre Arseny, russe aussi, qui était ermite, a vécu au monastère russe et dont il est question dans Skazanie o stranstvii i puteshestvii Rossii / Inok Parfenii (Ageev). – [T. 2, pp. 119-120].

[42] Pour les textes biographiques de Velitchkovsky, voir Zhitie i pisaniia moldavskago startsa Paisiia Velichkovskago, Moscou, 1847 ; The Revival of Byzantine Mysticism Among Slavs and Romanians in the xviiith Century : Texts Relating to the Life and Activity of Paisy Velichkovsky (1722-1797) / A.-É. Tachiaos. – Thessalonique, 1986 ; Autobiographie d’un starets / Païssij Velitchkovskij. – Éd. de l’Abbaye de Bellefontaine, 1991. – 226 p. – (Spiritualité orientale ; 54). ; Le Starets moldave Païssij Velitchkovskij / Serge Tchetverikov. – Éd. de l’Abbaye de Bellefontaine, 1997. – 428 p. – (Spiritualité orientale ; 68). ; The Life of Paisij Velickovskyj /traduit par J. M. E. Featherstone, avec une introduction de A.-E. Tachiaos. – Harvard University Press, 1989. Pour une bibliographie de Velitchkosky, voir A.-E. Tachiaos, “ Vozroshdenie vizantiiskogo mistitsizma startsem Paisiem Velichkovskim (1722-1794) ”. – In : Cyrillometlzodianum, XVII-XVIII (1993-1994), pp. 212-227.

[43] Voir l’étude bien documentée L’orientamento ascetico-spirituale di Nicodemo Aghiorita / L. Citterio. – Alexandrie, 1987.

[44] Zhitie i pisaniia, pp. 239-241.

[45] Archimandrite Sophrony, op. cit., pp. 89-90.

[46] En russe imiaslavsty (= ceux qui glorifient le nom divin) ou péjorativement imiabozhniki (= ceux qui identifient le nom avec la divinité).

[47] L’étude Hoi Pósoi onomatolátrai toû Haghíou Orous / C. Papoulidis. – Thessalonique, 1977, fournit une bonne idée de l’histoire du mouvement des onomatolâtres du Mont Athos ; l’auteur a utilisé des documents inédits et élaboré une bibliographie détaillée et complète. L’exposé théologique laisse cependant à désirer. Pour une initiation à la philosophie et à la théologie du Nom, on dispose de La Philosophie du Verbe et du Nom / Serge Boulgakov. – Paris ; Lausanne : L’Âge d’Homme, 1991. – 252 p. et de Imia. Izbrannye raboty, perevody, besedy, issledovaniia, arkhivnye materialy / A. F. Lossev. – Saint-Pétersbourg, 1997.

[48] Pour les traductions en question, toutes d’œuvres ascétiques et mystiques, et la rédaction de la Philocalie slave (Dobrotoliubie), voir Ho Paísios Velitskófsky (1722-1794) kaì he asketikofilologhikè scholé tou / A.-E. Tachiaos. – Thessalonique, 1984. – [Pp. 72-130].

[49] Pour les détails, voir Archimandrite Sophrony, op. cit., pp. 227-236.

[50] Pis’ma sviatogortsa / Serafim Veslin. – [P. 320].