L'union avec Dieu

L'union avec Dieu

par Saint Maxime le Confesseur

(...) 4. De même que le lieu situé au centre, d’où partent les lignes droites, est considéré tout à fait indivisible, de même celui qui a été jugé digne d’être en Dieu verra toutes les raisons des créatures préexister en lui suivant une connaissance simple et indivisible.

 

 

 5. La pensée étant formée par ce qui est pensé, une seule pensée est faite de nombreuses pensées : elle est l'image de toutes les formes de ce qui est pensé; Quand, après avoir traversé la multitude des choses sensibles et intelligibles qui la façonnent, elle se dégage entièrement de toute forme, alors la raison qui dépasse l’entendement s'unit étroitement à elle, en la détournant de ce qui l`aliène naturellement par les formes de la réflexion. Celui qui a éprouvé cela s’est lui aussi reposé de ses œuvres, comme Dieu s’est reposé des siennes.

 6. Celui qui est parvenu à la perfection possible aux hommes ici-bas, porte pour Dieu les fruits de l’amour, de la joie, de la paix, de la patience  et, en vue du siècle à venir, les fruits de l’incorruptibilité, de l’éternité et de ce qui leur ressemble. Les premiers fruits ne reviennent jamais qu`à celui qui a mené à la perfection la pratique, et les seconds à celui qui est sorti du créé par la vraie connaissance.

 7. De même que l’œuvre propre de la désobéissance est le péché, de même l’œuvre propre de l’obéissance est la vertu. Et de même que la transgression des commandements et la séparation d’avec Celui qui a commandé suivent la désobéissance, de même l’observance des commandements et l`union avec Celui qui a ordonné découlent de l'obéissance. C’est dire que celui qui a observé un commandement par obéissance a accompli toute justice et ne s'est pas séparé lui-même de ce qui l'unit par amour à Celui qui a ordonné.

 8. Celui qui se rassemble en se séparant de la transgression, se dégage d'abord des passions, puis des pensées passionnées, puis de la nature et des raisons de la nature, puis des pensées et des connaissances des pensées. Enfin, échappant à la diversité des raisons de la providence, il parvient dans l’inconnaissance à cette raison de l’unité. Dans cette raison, après avoir contemple sa seule immuabilité, l’intelligence se réjouit, pleine de la joie inexprimable, car elle a reçu la paix de Dieu qui dépasse toute intelligence, et qui garde continuellement de toute faute celui qui est jugé digne d’elle.

 9. La crainte de la géhenne dispose les novices à fuir le mal. Le désir de la récompense des biens donne à ceux qui progressent l'ardeur à mettre en œuvre les vertus. Mais le mystère de l'amour s`élève au-dessus de toutes les créatures : il rend l’intelligence aveugle à tout ce qui est venu après Dieu. Le Seigneur, en effet, accorde la sagesse à ceux qui sont devenus aveugles à toutes les choses venues après Dieu, en leur montrant ce qui est plus divin.

 10. La parole de Dieu, pareille au grain de sénevé, paraît bien petite avant d'être cultivée. Mais quand elle a été cultivée comme il faut, elle se montre si grande que les raisons nobles des créatures sensibles et intelligibles se reposent sur elle. Car elle embrasse les raisons de tous les êtres. Mais elle-même, aucun être ne peut la contenir. C’est pourquoi celui qui a la foi comme un grain de sénevé peut, par la parole, déplacer la montagne, comme l’a dit le Seigneur, c’est à dire chasser le pouvoir que le diable a sur nous et changer de fondement.

 11. Le Seigneur est un grain de sénevé, semé en esprit par la foi dans les cœurs de ceux qui le reçoivent. Celui qui l'a soigneusement cultivé grâce aux vertus, déplace la montagne du souci terrestre. Puis, lorsqu’il a chassé de lui-même l’habitude du mal, si difficile à infléchir, il fait se reposer en lui les paroles des commandements et les modes d’existence ou les puissances divines, comme les oiseaux du ciel.

 12. Quand nous bâtissons en hauteur l’édifice des biens, nous posons sur le Seigneur, comme sur une fondation de foi, l’or, l'argent, les pierres précieuses : c’est-à-dire une théologie pure et inaltérée, une vie transparente et claire, des pensées divines et des réflexions lumineuses. Mais nous ne posons ni bois, ni herbes, ni chaume : c'est-à-dire pas d’idolâtrie, cette démence qui entoure le sensible, pas de vie dénuée de raison, pas de pensées passionnées privées de la connaissance de la sagesse, comme d’épis.

 (Extrait de : Philocalie des Pères neptiques, Centuries sur la théologie et l’économie, Ed Bellefontaine p. 102 & 103)